Grand parentalité

Le Premier Petit-Enfant

« L’enfant de mon enfant n’est pas mon enfant »
L’enfant de mon enfant n’est pas mon enfant
Les attentes des jeunes parents
Passer le témoin de la responsabilité parentale
Laisser les jeunes parents apprendre par eux-mêmes
Devenir grand-parent …?
La naissance du premier petit-enfant est un événement important
« C’est un moment charnière particulièrement délicat pour la relation qui va se construire entre les nouveaux grands-parents et les jeunes parents. Chaque mot, chaque question, chaque réflexion sur le sujet - parfois chargé d’inquiétude - est vécu intensément, surtout entre la mère et sa propre mère ou belle-mère car cet événement réactualise le vécu de leur propre relation mère-enfant.» Nancy de la Perrière, psychologue à l’EGPE
Malgré leurs souhaits ou leurs inquiétudes, les grands-parents n'ont ni la maîtrise de cette naissance, ni encore moins leur mot à dire ! La grand parentalité arrive à n'importe quel moment, et peu importe s’ils sont confrontés à d'autres situations plus ou moins difficiles à gérer : l'emploi, leurs propres problèmes, leurs parents vieillissants ou même le fait de se sentir trop âgés pour s'occuper d'un bébé.
Ils sont « la génération pivot » sans forcément avoir souhaité le devenir.
L’annonce de cette naissance génère des sentiments contradictoires
Une foule de questions traverse l’esprit des grands-parents à l’annonce du 1er petit-enfant :
- Sommes-nous sincèrement heureux pour nos enfants ou … pour nous-mêmes ?
- Est-ce que ce ne sera pas une nouvelle charge ?
- Sommes-nous inquiets ou confiants quant à la capacité de notre enfant à assumer cette naissance ?
- Espère-t-on être "comblé(e) affectivement" par ce bébé, au risque d'être déçu(e) dans son désir possessif ?
- Craint-on de perdre à nouveau la liberté récemment acquise avec le départ du dernier enfant ?
- ...
Témoignage de Sylvie devenue grand-mère à 52 ans
«Je n’étais pas du tout satisfaite de devenir grand-mère ! À la question de mes amies : « Alors, tu es contente ? » je répondais invariablement NON malgré la désapprobation que je ressentais ».
Cette naissance arrivait trop tôt pour moi. Cela ne correspondait absolument pas à mes propres projets. J’étais au chômage et ma préoccupation était avant tout de retrouver un emploi et de préserver ma liberté !
Bien sûr, j’étais contente pour les enfants que ma belle-fille soit enceinte et je savais que c’était l’évolution normale de leur vie. Mais je ressentais aussi que l’arrivée de cet enfant pouvait être source de conflits entre le jeune couple et nous.
Mon mari, par contre, était ravi. Il ne s’est pas beaucoup occupé de ses enfants et je pense qu’il ressentait maintenant l’envie de compenser. Une sorte de rattrapage alors que sa retraite approchait.»
Difficile aussi d'endosser le rôle de grand-parent quand on n'a pas fini sa mission de parent.
« Mon dernier fils nous donnait beaucoup de soucis et j’étais très prise par mon emploi lorsque ma fille aînée et son ami nous ont appris la future naissance !
J’ai eu le sentiment qu’on ne soufflerait jamais ! Je n’y étais vraiment pas préparée et d’un seul coup, je me suis sentie très fatiguée, vieille !
J’étais en même temps très malheureuse de ne pas pouvoir dire les mots qu’ils attendaient. Mes larmes coulaient et… je les ai laissé interpréter ces larmes. Pour cacher mon émotion, je les ai embrassés très fort car je les aimais beaucoup. »
Lydia 48 ans
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Le père devient grand-père 
Pour le grand-père, c’est un bouleversement émotionnel mais il se manifeste discrètement : « tout se passe entre hommes »
Léo 59 ans : « En apprenant la grossesse de ma fille, j’ai été stupéfait : j’ai découvert que je n’avais pas vraiment compris qu’elle était devenue une femme et que j’avais vieilli.»
Claude 65 ans : « Ça y est ! Je vais être grand-père ! Je n’osais plus l’espérer car mon fils a déjà 42 ans ! J’espère que son enfant portera notre nom : ils vivent en couple et ils n’ont pas parlé de mariage.»
Didier 63 ans : « L'arrivée de mon petit-fils a été pour moi comme un élan de jouvence : la continuité familiale, sans la charge et la responsabilité qui peut incomber à un père !»
Sollicités dès la maternité par leur fille ou leur fils qui leur met le bébé dans les bras, ces grands-pères d’aujourd’hui s’émerveillent souvent des joies, de la tendresse, des émotions provoquées par le nouveau né. Ils sont nombreux à dire que leur travail ne leur a pas laissé suffisamment de temps pour leurs enfants et souhaitent, cette fois, assumer leur place auprès de leurs petits-enfants.
Pierre a eu la joie de voir le bébé dès le lendemain et témoigne de son émotion :
« En regardant ma petite-fille, je me suis dit simplement : elle a le quart de mon sang dans les veines et elle va continuer mon histoire … C’est comme une prolongation de moi ! »
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La mère devient grand-mère 
À la naissance de son premier petit-enfant, la grand-mère « revit » les maternités passées et l’accueil - heureux ou non - de ses propres enfants :
« Je ferai attention pour ma fille car je sais que ma mère n’était pas contente de ma naissance, en pleine guerre, et elle en a parlé très souvent devant moi … Elle a trouvé tous les prétextes possibles pour ne pas venir me voir à la maternité, alors qu’elle s’était ruée auprès de mes sœurs, après chaque accouchement !» Parole de Laure à 45 ans.
Le premier contact avec la jeune maman, dans une moindre mesure avec le jeune père, est en fait très délicat, souvent compliqué.
Pour la jeune mère, chaque mot, chaque attitude de sa mère - et bien évidemment de sa belle-mère - est attendu avec inquiétude d'autant plus qu'elle-même n'est pas nécessairement très assurée dans sa maternité et dans son rôle : elle se demande si elle saura être une bonne mère, si elle fera mieux que sa mère ...
Pour la jeune maman, l’attente est très forte quant à la reconnaissance de son « statut maternel ». Les émotions comme les paroles et les gestes de la nouvelle grand-mère sont attendus, voire guettés.
La jeune maman attend en effet :
d’être reconnue en tant que « mère responsable de son enfant »
de savoir si sa mère ou sa belle-mère aimera ou non son bébé : chaque geste, chaque mot est espéré et enregistré avec bonheur ou déception, voire souffrance et rancœur.
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L’enfant de mon enfant n’est pas mon enfant
Cette formule magique peut éviter bien des désagréments aux grands-parents qui, avec les meilleures intentions, empiètent sur les « décisions » des enfants devenus parents.

dessin de notre ami Piem
Les attentes des jeunes parents sont très fortes
et toute maladresse de leurs propres parents apporte déception, inquiétude et - bien souvent - de la rancœur.
Ils attendent d'être reconnus, félicités en tant que père et mère.
Ils sont remplis du bonheur et de la fierté de « présenter leur bébé » : Ils le seront par leurs amis mais ils l’espèrent fortement - parfois avec inquiétude - de leurs parents et de tous les membres de leur famille.
Or beaucoup de grands-parents qui se plaignent d’être écartés de leurs petits-enfants n’ont pas eu conscience des mots, des gestes qui ont pu blesser ou des attentes insatisfaites au moment de la naissance d’un petit-enfant, notamment du premier.
Ils vivent des moments de sensibilité extrême liée au changement du statut de chacun :
Les gestes sont épiés, les mots sont attendus et reçus avec bonheur et encouragement mais ils pourront aussi être reçus très négativement, parfois même comme une violence ce qui perturbera les relations ultérieures entre parents et grands-parents.
«Ma mère nous avait fait promettre de l’appeler lorsque le travail débuterait ! On s’en est bien gardé mais mon mari lui a téléphoné l’après-midi. Elle m’a tout de même embrassée et elle est s’est penchée aussitôt sur le berceau en disant « Mon bébé ! » Je «l’entends» encore et cela me mets autant en colère !
Ce n’est pas son enfant, tout de même !»
Céline raconte, 3 ans après : «Christian avait appelé sa mère aussitôt la naissance de Nathan. Elle est arrivée alors que je me reposais. Elle l’a pris sans me le demander en décrétant qu’il ressemblait à l’oncle « machin ». Sans s’inquiéter de savoir comment j’allais, elle s’est mise à me raconter ses trois accouchements ! J’ai failli vomir ! Heureusement que mon mari est arrivé : en voyant ce qui se passait, il lui a dit que j’avais besoin de dormir. Depuis, je me méfie d’elle : j’évite de la voir et je ne la laisse jamais seule avec Nathan.».
Il n’y a pas que la grand-mère qui peut créer des dégâts … le grand-père aussi et les réactions, les gestes, les paroles devant le bébé - sont très attendus des jeunes parents :
« Ma belle-mère était venue seule, tout de suite. Mon beau-père est tout de même passé à la maternité le dernier jour. Heureusement mon mari était là. Il nous a à peine dit bonjour, a tout juste regardé Estelle qui tétait et a demandé : « Elle ressemble à qui ? » et j’ai entendu : «Si au moins c’était un garçon ! » Il peut être tranquille elle ne le fatiguera pas car elle n’ira pas chez lui… mais je pense que j’inviterai ma belle-mère car les enfants ont besoin de grands-parents. » Sabine 23 ans.
Christian 28 ans «Je venais de perdre mon emploi lorsque Léo est né. Je n’oublierai jamais les premiers mots de mon beau-père à la maternité : « De mon temps, les pères travaillaient lorsque les femmes accouchaient. » Il savait pourtant bien que j’étais en stage de réinsertion ! Il ne faudra plus qu’il compte sur moi maintenant. »
Passer le témoin de la responsabilité parentale
C’est dès la naissance qu’il est bon d’assurer à nos enfants, sous des formes diverses, qu’ils ont la capacité d’élever leur enfant, qu'ils deviennent eux aussi "parents" à part entière.
Adeline qui a maintenant deux enfants raconte :
« Ma mère n’était pas très satisfaite quand je lui ai dit que j’attendais un enfant car je n’avais que 18 ans. Mais elle est venue avec mon père, aussitôt après la naissance de Nicolas. Elle m’a embrassée très longtemps puis elle m’a demandé si je voulais bien qu’elle prenne mon fils dans ses bras. J’ai dit oui, bien sûr, et j’étais très émue ; elle l’a pris tout doucement et lui a dit à l’oreille mais aussi pour que j’entende :
« Tu es très beau, Nicolas ! Tu as de la chance d’avoir une maman et un papa qui sont formidables ! Ils s’occuperont bien de toi. J’espère aussi que nous te verrons souvent : je t’aime déjà beaucoup.»
Depuis ce jour là, mes relations avec ma mère ont totalement changé : c’est comme une amie ; je sais qu’elle a confiance en nous.»
Les parents d'un jeune couple, surtout s'ils l'ont beaucoup aidé matériellement ou financièrement, restent souvent très présents, trop présents au gré de leurs enfants qui prennent alors une distance ressentie douloureusement par les grands-parents, comme les parents de Sophie :
«Nous étions encore étudiants et nos parents nous aidaient beaucoup. Nous avons apprécié mais j’ai bien regretté de leur avoir annoncé très tôt que j’étais enceinte car dès ce jour là, ma mère s’est mise à acheter tout ce qui était nécessaire : le berceau, les draps, les vêtements et même les couches ! Je n’ai pas voulu que mon mari les appelle le jour de la naissance. Je voulais que nous restions seuls tous les trois.
Ils ne sont venus que le lendemain. Ils m’en ont beaucoup voulu mais maintenant, je sais leur dire non.»
Hélène n’a pas eu la chance de profiter de la confiance de ses beaux-parents :
« Lorsqu’elle est arrivée à la maternité, ma belle-mère m’a tout juste dit bonjour ! Elle s’est ruée sur le berceau et, sans rien demander, a pris Christophe dans ses bras, alors qu’il dormait. Bien sûr, il s’est mis à pleurer ; ma belle-mère a ri en s’exclamant : «Ce sera un rouspéteur, comme son père !» et mon beau-père n’a rien dit. Je crois que je ne leur pardonnerai jamais.»
Laisser les jeunes parents apprendre par eux-mêmes
Ils veulent se découvrir parents, s’affirmer parents, en un mot : apprendre par eux-mêmes. Les rêves ont fait place à la réalité avec la présence physique de leur enfant ; ils en sont les seuls responsables et veulent être reconnus comme tels.
Christiane l’a compris à ses dépends : «Mon fils n’étant pas libre, j’ai été cherché ma belle-fille et Anders à la maternité. Il faisait très froid, mais le bébé était très peu habillé. J’en ai informé ma belle-fille qui n’a rien dit. Avant de sortir, j’ai répété qu’il faisait très froid : elle m’a rappelé qu’elle était suédoise et qu’il fallait habituer les enfants. Je n’ai pas pu m’empêcher de mettre mon écharpe sur lui en l’installant dans la voiture. Elle l’a aussitôt retirée ; nous sommes parties sans un mot. En arrivant devant leur immeuble, elle a pris le bébé, m’a dit sèchement «au-revoir» sans plus jamais m’inviter. Je ne vois Anders qu’exceptionnellement avec mon fils.»
Quelques propos relevés sur les sites « familles » dans des échanges entre jeunes mamans sont éclairants sur les types de maladresses, souvent intrusives, oubliées des grands-parents mais non des parents, et sources de difficultés relationnelles ultérieures :
Ma belle-mère sage-femme, voyant le biberon à la maternité, s’est écriée : « Comment ! Tu n’allaites pas ton bébé !»
- Mon beau-père très pratiquant a osé nous demander : « Avez-vous fixé la date du baptême ? Je peux m’en occuper, sinon.»
- Caline était dans son transat et sa couche était souillée : ma belle-mère qui était bien sûr restée assise tout à côté d’elle pendant que je préparais à manger (!), dit à ma puce : "Oh mon bébé, ta maman ne sait pas t’habiller ! Je vais m’occuper de toi !!! »
Ou encore :
- « Sans me demander mon avis, ma mère m’annonce : dès le mois prochain, je prendrai Kelly les mercredis ; ce sera mon jour ! »
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VOIR AUSSI
Grands-parents : la génération pivot
Ateliers de grands-parents : Les échanges dans les ateliers proposés par l’Ecole des grands-parents - dont un concerne le premier petit-enfant – aident à se prémunir ou à réparer les maladresses que nous commettons tous. Ils permettent aussi de « prendre de la distance » pour renouer ensuite les relations perturbées.
Pour en savoir plus
Le thème du 1er petit-enfant est parfois abordé par les chercheurs dans les travaux récents sur la grand-parentalité :
- Grands-parents et grands-parentalités (Ed. Eres 2005) sous la direction de Benoit Schneider, Marie-Claude Mietkiewicz et Sylvain Bouyer, maîtres de conférence en psychologie à l'université Nancy 2 ont créé un groupe de recherche sur les grands-parents et la grand-parentalité, le GROCM.
- « Grands-parents : La famille à travers les générations » de Claudine Attias-Donfut et Martine Segalen, Ed. Odile Jacob.
- « Le Siècle des grands-parents » Claudine Attias-Donfut , Martine Segalen, Ed.
Autrement :
- Une étude « Grand-mère première fois », conduite par Eric Donfu, président de dialogues et relations Sociales est disponible en format pdf sur le site http://www.drsopinion.com/index.php?go=actualites&no=3
- « Etre grands-parents aujourd'hui » (2002) de Fitzhugh Dodson auteur américain du best seller "Tout se joue avant six ans".
L’EGPE est sollicitée pour des articles sur le 1er petit-enfant, notamment :
Le Figaro Magazine : Grand-mère … Première fois
Le Journal La Croix : « Grand-parent pour la 1ère fois » article d’Agnès AUSCHITZKA :
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