Les relations entre grands-parents et petits enfants

Devenir grand-parent constitue une étape importante dans la vie d’une personne. Source de joie - voire de fierté, la naissance du premier petit enfant génère un changement de place au sein de la famille. Pour le nouveau grand-parent Il y a là une sorte de mutation symbolique, de migration d’une position de parent à celle de grand-parent.
Tout comme les parents, ces grands-parents passent alors de l’imaginaire de l’enfant à naître à la réalité du nouveau-né.

 

Le lien entre les générations
Le lien entre les générations passe par les rencontres et les échanges, mais aussi par la transmission de ce que l’on a reçu soi-même
La différence des générations c’est l’altérité la plus commune. Il s’agit de notre environnement naturel, c’est à dire nos parents, nos enfants. La société est composée de personnes nées à différents moments, de personnes jeunes et âgées qui ont besoin les unes des autres pour exister , si cette diversité n’ existait pas , le monde n’existerait pas Pour Serge GUERIN , sociologue ,”Si il n’ y a pas d’ intergénération, il n’ n’ y a pas de transmission et si il n’ y a pas de transmission , il n’ y a plus de société. On ne peu pas faire une société à partir d’une page blanche.
Le lien entre les générations est aussi fondé sur le fait que la succession des générations donne un sens à la vie. La transmission n’a jamais paru aussi importante dans un monde où l’on vit dans l’immédiateté et le virtuel. Un des points essentiels pour les GP c’est la permanence, et la continuité. L’EGPE se donne comme objectifs de rassembler et d’aider les GP du troisième millénaire désireux d’accompagner leurs PE dans le cadre fécond de l’intergénération à travers de nouveaux liens sociaux et culturels

Mais comment faire vivre ce lien, si les générations restent entre elles, ou s’opposent : les parents et leurs enfants de leur côté, de l’autre côté les grands parents. Sans interaction, pas de transmission possible.
Cependant, il semble que les études sociologiques confirment que les jeunes reconnaissent le fait qu’ils doivent quelque chose aux plus âgés.
Actuellement, la famille compte beaucoup aux yeux des jeunes, ils y trouvent la confiance et l’aide matérielle nécessaires dans un univers en pleine mutation et peu sûr. (Chômage, divorce…)
Face aux difficultés de garde, et à la précarité économique des parents, les GP s’ occupent des petits enfants en allant les chercher à l’ école, en leur faisant faire les devoirs ou pendant les vacances , et en aidant matériellement .
Les psychologues insistent de plus en plus sur le rôle d’étayage que les GP peuvent jouer auprès des petits enfants : ils leur transmettent l’histoire familiale, mais aussi des repères et des valeurs…. Le rôle des GP est donc primordial dans les familles, qui transmettent les savoir-faire et les savoir être.

La transmission est faite de dialogue et du désir de répondre. Elle s’accompagne d’une réciprocité, les jeunes ont à partager avec leurs aines : compétences en informatique, séjours à l’étranger, nouvelles méthodes de travail et de vivre
Les échanges réciproques rapprochent les générations.
Les parents qui empêchent leurs enfants de nouer des relations avec leurs GP sont ils conscients qu’ils les privent d’une richesse affective, relationnelle que les enfants risquent de leur reprocher à l’ avenir

Comment se construisent les liens entre les grands-parents et leurs petits enfants ?

Lorsque les relations entre les grands-parents et les parents se vivent dans une confiance réciproque et une distanciation suffisante, la grand-parentalité est source de bonheur partagé.
Ainsi, des grands-parents affirment qu’ils sont plus présents à leurs petits enfants qu’ils ne l’étaient à leurs enfants. Disponibilité, désir de réparation, souci d’être utile, plaisir d’être et de faire ensemble : toutes ces motivations peuvent coexister dans un même désir de partager avec l’enfant un temps gratuit qui se déploie sans objectif immédiat.
Ce temps est aussi un temps de transmission bilatérale dans un espace sécurisant, autour d’activités telle que lecture, jardinage, cuisine… où l’on peut aller jusqu’à affirmer qu’il s’agit là d’une construction réciproque d’identité.
Les enfants grandissant, ils évoluent quant à leurs attentes vis à vis de leurs grands-parents. Ils distingueront souvent la demande formulée au grand-père et celle qui s’adresse à la grand-mère. D’autre part, des questions nouvelles vont surgir qui concernent par exemple la vie, la mort, la sexualité ou les alliances familiales dans leur complexité.
Quand survient l’adolescence, les liens se transforment. Souvent, ils semblent s’effilocher après une période de grande proximité affective.
Que se passe t-il ? Tout simplement, l’enfant amorce une nouvelle étape de sa vie. Dévalorisant le regard et les interdits de ses parents, il va chercher ses modèles en dehors de la famille. Ses amis vont être ses doubles qui lui offrent un miroir rassurant pour lui-même.
Les grands-parents doivent alors réinventer une relation car ils sont souvent perçus, à l’instar des parents, comme porteurs de valeurs familiales immuables. Leur posture devient celle de l’attente, la disponibilité et l’ouverture face à ce jeune dont la métamorphose physique, hormonale et psychologique est source d’insécurité affective. Parfois, ils endossent une position de tiers face à un adolescent en prise à de fortes tensions avec ses parents. Grâce à leur écoute, ils sont des vecteurs essentiels dans la reprise de confiance réciproque entre enfants et parents.
Si les liens se sont construits depuis la petite enfance entre les grands-parents et leurs petits enfants, il est à parier qu’ils persisteront même lorsqu’ils peuvent présenter des modalités déconcertantes pendant cette période de l’adolescence.
L’âge adulte fera naître vraisemblablement un nouveau type de relation, plus serein et plus distancé.

Les liens entre grands-parents et petits enfants dans la dynamique familiale

Pour explorer ce volet, nous nous appuierons sur l’expérience de l’EGPE qui est un réel observatoire de la grand-parentalité.

Tout d’abord, il est important de préciser que ce sont les parents qui ouvrent ou ferment la porte des liens entre les grands-parents et leurs petits enfants.
Aussi est-il nécessaire qu’une relation de confiance soit établie au préalable entre les 2 générations concernées.
Certaines situations fragilisent ou même rompent cette confiance. Parmi elles :
La non acceptation par les grands-parents du conjoint de leur enfant ; la séparation ou le divorce des parents ; les recompositions familiales ; la trop grande implication des grands-parents dans la vie du couple parental, vécue comme une intrusion ; des injustices non exprimées, des conflits latents qui émergent brusquement etc...

Ces bouleversements familiaux impactent la construction identitaire de l’enfant. Ce dernier peut devenir l’otage de l’un des parents, excluant l’autre parent ou le grand-parent. Pris dans un conflit de loyauté, il ne sera pas « autorisé » à rencontrer ses grands-parents.
Confrontés à la rupture de liens ou blessés par les paroles destructrices des parents, certains grands-parents sont tentés de faire appel au Juge des Affaires familiales pour exercer leur rôle auprès de leurs petits enfants. D’autres s’interrogent sur le comment d’une telle évolution négative de la situation et effectuent des démarches d’apaisement.
Dans tous les cas, leur ressenti est empreint de tristesse, de sentiment d’injustice et d’incompréhension.

Comment l’Ecole des Grands-Parents Européens contribue t-elle au rétablissement des liens intergénérationnels ?

L’EGPE a acquis une vraie expertise sur la place et le rôle des grands-parents aujourd’hui en France.
Sa mission comporte plusieurs objectifs :

  • Ecouter et soutenir les grands-parents
  • Renforcer le lien entre les générations
  • Promouvoir le rôle des grands-parents dans la société
  • Faire entendre leur voix auprès des services publics.

Concrètement, les activités de l’association dans le domaine du soutien aux grands-parents, se déploient en plusieurs pôles : l’écoute anonyme au téléphone, les entretiens psychologiques, les groupes de parole, la médiation familiale intergénérationnelle.

Sur la ligne téléphonique “ Allô grands – parents” mise en place par l’ EGPE , chaque matin et deux après midi par semaine, des écoutantes différentes dont trois sont médiatrices familiales et psychologues se relaient pour écouter des grands parents nombreux à appeler pour confier leur désarroi de ne plus avoir de nouvelles de leurs petits -enfants, de ne plus les voir et quelquefois même de ne pas les connaître.
Les écoutantes sont témoins de ces situations vécues douloureusement, notamment au moment de la retraite quand les grands parents disposeraient de plus de temps pour s’occuper de leurs petits-enfants.
Cependant, les grands-mères font plus fréquemment que les grands pères cette démarche difficile d’appeler pour parler de leur souffrance à une tierce personne anonyme qui préservera la confidence des propos entendus. En s’adressant à des pairs grands parents, ces appelantes pensent être mieux comprises
Elles attendent de l’écoutante que leur souffrance soit reconnue. Pour certains elles acceptent de réfléchir avec l’écoutante sur la conduite à tenir à l’avenir. Quand les écoutantes demandent si il y a un GP et ce qu‘il pense de la situation, bien souvent la GM dit qu‘il ne veut pas intervenir pour ne pas détériorer encore plus les relations, il reste en réserve.

Certaines situations de rupture interviennent après le décès d’un fils ou d’une fille, où la belle fille ou le gendre finissent par ne plus donner de nouvelles.
Le lien peut aussi se couper à la suite d’un divorce, quand l’un des parents refait sa vie et s’éloigne géographiquement.
Les écoutantes encouragent les grands parents à essayer de maintenir un lien avec les petits enfants soit en envoyant des courriers, des cartes aux anniversaires, des cadeaux à Noel mais ils ne savent pas si ils sont remis aux destinataires. Dans des cas plus douloureux, missives ou cadeaux peuvent leur être retournés. Les grands parents sont dans l’incompréhension ils disent qu‘ils ne comprennent pas ce qui a déclenché cette réaction de rejet .Il n’y a pas toujours eu de mots ou ils disent ne plus s’en souvenir, souvent ils ont une certaine culpabilité et confessent “qu’ai-je fait ou dit pour en arriver là.”
D’autres grands-parents racontent qu‘ils ont été très sollicités pour chercher les petits enfants à l’école, pour les garder en cas d’indisponibilité de la baby sitter ou pour s’en occuper pendant les vacances. Parfois, ils ont participé financièrement à l’achat de l’appartement, ou ont offert des vacances. Puis d’un coup, c’est la rupture totale et brutale C’est l’incompréhension…La dissension des liens peut être due à plusieurs causes soit l’éloignement géographique, soit la prise en compte d’une situation nouvelle professionnelle ou familiale, soit une recomposition familiale.
Autant l’éloignement peut être un facteur de perte de lien mais la grande proximité peut être aussi une source de tension et de rupture.
Chaque situation est singulière, autant de grands mère écoutées autant d’histoires.
Cependant les grands-mères appelantes en rupture, ont du mal à trouver leur place. On note que souvent ces grands-mères vivent seules après un veuvage ou un divorce, qu’elles ont eu un enfant unique donc une seule source de petits enfants
Elles oublient que pour avoir des petits enfants, elles ont eu un enfant, C’est maintenant une place de grand mère et plus de mère, qu’ elle doit occuper. Trouver sa place est une remise en question. C’est difficile
On reproduit soit ce qu‘ on a fait avec nos propres enfants, soit on accepte que les parents exercent l’autorité parentale et remplissent le rôle éducatif qu‘ils ont décidé. Les grands parents sont dans l’affectif et la transmission des valeurs .Certains grand parents sont trop présents ou autoritaires, au début les parents supportent puis un jour se rebellent et prononcent des paroles définitives…
La plupart du temps, les difficultés ont pour origine un conflit entre les GP et leurs propres enfants et les PE sont pris en otage. Le conflit entre une mère ou un père et sa fille ou son fils est souvent préexistant à l’arrivée des petits enfants. Il est latent et peut être ravivé à cette occasion. Il ne nait pas de rien
Le conflit mères- filles peut remonter à l’enfance, certaines femmes utilisent leur enfant pour régler leur conflit.
Les écoutantes sont surprises par la génération des jeunes femmes dans la toute puissance qui font plier toute la famille, situation inadmissible pour la GM qui dit voir son fils incapable de réaction “ il travaille et fait tout à la maison”… jalousie de femme, déception par rapport à son fils ….

N’oublions pas que tous les propos entendus sont issus d’une seule source. Nous ne connaissons pas ceux des enfants et encore moins des PE

Quelles solutions pour résoudre le conflit ?

Certaines GM s’adressent aux écoutantes en demandant d’emblée “quel est le droit des GP ?”
Suivant la loi du 4 mars 2002 dans l’article 371-4 du code civil, le législateur a privilégié le droit de l’enfant à celui du droit des grands parents. ”L’enfant a le droit d’entretenir des relations personnelles avec ses ascendants. Seul l’intérêt de l’enfant peut faire obstacle de ce droit “.Les GP ont les mêmes droits que les autres membres de la famille de l’enfant, ou même des tiers pouvant justifier d’un lien avec celui-ci.
Alors que les GP occupent une place de plus importante, les droits des GP n’ ont cessé de régresser.
Si les GP sont prêts à engager une action judiciaire ils doivent rencontrer un avocat, un jugement suivra .A l’EGPE, nous les faisons réfléchir aux conséquences car obtenir des dv ordonnés par un juge nous semble difficile pour l’enfant qui va être pris dans un conflit de loyauté entre ses parents et ses GP
Avant de choisir cette voie nous mettons en garde les GP car c’est un parcours long, couteux

Dans un certain nombre de cas, le juge comprenant qu’il s’agit de difficultés de communication, ordonne une médiation.
La plupart des médiations à l’EGPE sont spontanées, les GM ou les couples de GP viennent nous rencontrer pour exposer leurs situations, après leur avoir explique la démarche, nous écrivons avec eux un courrier aux enfants pour les inviter à nous rencontrer. Au préalable les GP préviennent leurs enfants qu‘ils vont s’engager vers une médiation.
A l’EGPE, il nous semble nécessaire d’accompagner les GP en amont, en les aidant à trouver leur juste place auprès de leurs PE Il faut du temps et de la patience pour réparer un tricot déchiré, il faut que les GP acceptent de prendre ce temps pour reprendre une à une les mailles perdues afin de reconstituer l’ouvrage.
Souvent les enfants ne répondent pas à notre courrier, les GP comprennent qu’ils n’ont pas envie de remuer cette histoire familiale douloureuse ou que ce n’est pas le moment.

Dans les cas ou la médiation intergénérationnelle se met en place, des mots difficiles sont prononcées mais des clarifications aident à repartir, les médiatrices sont modestes, c’est la politique du petits pas. Les Parents acceptent que les GP voient les enfants dans un lieu neutre avant de pouvoir retourner chez les GP. Pas de précipitation.

Certains GP sont très fatigués ou malades à la suite de ces conflits l’EGPE leur propose de rencontrer un psychologue qui les aidera personnellement, il ne s’agit pas d’une thérapie mais d’une aide avant de prendre une décision.

Des groupes de parole permettent à des GP qui souvent se croient seuls à vivre cette épreuve de rupture, de confronter leur point de vue.

Décembre 2017