BONHEUR D'ÊTRE GRAND-PARENT
et
Un bonheur complexe : Le handicap d'un petit-enfant

La multitude de publications sur les bonheurs de la grand-parentalité, comme les louanges aux grands-parents d'aujourd'hui, laissent croire qu'il faut être heureux de devenir grands-parents
et peinés de ne pas l'être.
La réalité exprimée à l'EGPE est plus nuancée.

Thèmes abordés
Devenir grand-parent, ce n'est pas que du bonheur
Le bon moment pour être grand-parent
Un bonheur exigeant
-- Les conditions du bonheur de grand-parent
-- Grand-parent, un vrai "métier"
Un bonheur complexe : Le handicap d'un petit-enfant

Devenir grand-parent, oui, mais .......
.........................ce n'est pas tout bonheur

C'est aussi un nouveau statut, avec des pertes.

Même si beaucoup assurent qu'ils sont heureux de devenir grands-parents, d'autres sont plus réticents et chacun ressent plus ou moins les effets des pertes engendrées par le nouveau statut.
C'est un sujet maintes fois abordé à l'EGPE, tel le débat ci-dessous de deux grands-mères retraitées qui ont chacune d'excellentes relations avec leurs enfants-parents :

Françoise, 62 ans, est grand-mère de 3 petits-enfants

dessin de Laureline 6 ans
dont elle s'occupe beaucoup.

Marie-Françoise, 66 ans,
sera prochainement
dessin de notre ami PIEM
grand-mère pour la 1ère fois.

Françoise : En devenant grand-parent, on perd son statut de parent, avec tout l'aura qu'il comporte vis à vis de nos enfants qui deviennent eux-mêmes parents ;
Marie-Françoise : Non. Mes enfants seront toujours mes enfants. Ma fille sera toujours ma fille et je la sens encore plus proche du fait de ce qu'elle va vivre et découvrir, à sa manière.

F : On perd la relation de couple à couple que l'on avait pu construire avec nos enfants.
MF: Il faudra surtout s'adapter à ce nouveau couple parent qui construit une nouvelle famille.

F : On ne supporte pas forcément l'image de la grandparentalité que se font parfois les jeunes parents : grand-parent refuge, grand-parent corvéable, grand-parent confitures, …
MF : En effet, ma fille était inquiète de savoir si je serais une grand-mère gaga ou pas. Je lui ai dit : " Sûrement pas, mais ...oui quand même. " Je m'efforcerai de répondre à l'image qu'ils se font de la grand-mère.

F : On perd son identité de couple tout court, avec l'impression de tomber tout à coup dans une autre catégorie - couple grands-parents - un peu à part.
MF: Je ressens plus un élargissement du cercle familial. Le couple grands-parents reste un couple.

F : On perd une certaine forme de liberté de dire, de penser, de faire,... dans l'exercice de la grand-parentalité.
MF: Dès que les enfants sont adultes, on fait attention à ce qu'on dit, alors…

F : On entre dans le monde des anciens .
MF: Oui, j'assume, surtout à mon âge !

F : On commence à entrevoir la fin de sa vie.
MF: Oui et en même temps on sent que la vie va continuer sans nous, que les réseaux sérieux s'organisent en dehors de nous. On prend du recul !

F. : On est étiqueté dans un statut réducteur , avec des perspectives limitées et pas très gaies.
MF: On n'est plus au centre mais toujours présent avec l'expérience du passé : les sages ... si on a besoin d'eux !  

F. : Bref, tout n'est pas toujours rose dans ce nouveau statut, si on n'y prend pas garde.
MF: Moi, ça me rassure et ça ne me limite aucunement ! Mais... on verra.

Le bon moment pour être grand-parent

La grandparentalité arrive à n'importe quel moment pour les grands-parents qui n'ont ni la maîtrise de cette naissance, ni encore moins leur mot à dire.
Ils peuvent être confrontés à d'autres situations plus ou moins difficiles à gérer : l'emploi, leurs propres problèmes, leurs parents vieillissants ou même se sentir trop âgés pour s'occuper d'un bébé.

 

Témoignage de Catherine devenue grand-mère à 52 ans
Je n'étais pas du tout satisfaite de devenir grand-mère !
À la question posée par toutes mes amies :
" Alors, tu es contente ?
"
Je répondais invariablement : NON et je sentais leur désapprobation !
En effet, cette future naissance arrivait trop tôt pour moi.
Cela ne correspondait absolument pas à mes propres projets. J'étais en pleine période de chômage et ma préoccupation première était de retrouver un poste professionnel. Le plus important pour moi, c'était mon travail et ma liberté.
Bien sûr, j'étais contente pour les enfants que ma belle-fille fut enceinte et je pensais que c'était l'évolution normale de leur vie. Mais je ressentais aussi que l'arrivée de cet enfant pouvait être source de conflits entre le jeune couple et nous.

Mon mari, par contre, était ravi et beaucoup plus enthousiaste que moi. Je pense que sa vie professionnelle ne lui ayant laissé que peu de temps pour s'occuper de ses propres enfants, il ressentait maintenant le besoin de s'occuper de ses futurs petits enfants…Une sorte de séance de rattrapage !

Un bonheur exigeant de notre ami PIEM

Le bonheur d'être grand-parent se construit ; il ne viendra que progressivement mais avec des conditions, du "métier", et ... la capacité à faire face à des situations parfois difficiles.

Les conditions du bonheur

1- Accepter - si ce n'est se réjouir - de devenir grand-parent car si la naissance d'un petit-enfant fait monter dans l'arbre généalogique, sa présence et son dynamisme permettent de rester jeune et ouvert.

2- Trouver sa juste place auprès du nouveau né, dans des relations de confiance avec les parents.
Dans grand-parent d'aujourd'hui, l'EGPE rappelle que : " Être grand-parent s'impose naturellement mais, avec le temps, on découvre qu'il n'est pas évident de tenir sa juste place auprès des petits-enfants : ils sont d'abord les enfants de leurs parents ; ils ne sont avec nous que si les parents veulent bien nous les confier et vouloir qu'ils nous aiment. Et cette primauté des parents est parfois difficile à accepter ".

3- Gérer le temps pour conserver son autonomie :

Martyne Perrot, sociologue, souligne dans un article du CNRS que :
" La grand-parenté
peut aussi être une cause
de malentendus entre les deux générations car
les grands-parents peuvent avoir envie d'autonomie,
de détente, de loisirs et
non l'envie d'adopter le rythme des jeunes enfants. "

" J'ai trois petits-enfants et j'aime bien les avoir à tour de rôle : heureusement, les parents sont d'accord ! C'est moins fatiguant et je m'organise pour être libre ce jour là pour pouvoir faire ce qu'il aime. Je n'ai pas les moyens financiers pour aller au cinéma mais ce sera le parc ou un musée et une activité à la maison sur un vrai travail : photo, cuisine, menuiserie ou même un jeu. Ils sont tous très demandeurs. Il suffit d'être à leur disposition lorsqu'ils nous sont confiés." Roger 65 ans

4- Construire le lien avec chaque petit-enfant
Lorsque les relations avec les parents sont satisfaisantes, elles permettent de construire progressivement des relations particulières et uniques avec chacun des petits-enfants, selon son tempérament et ses attentes.
Dans ce cadre, un lien privilégié et unique se crée entre deux : le bonheur vient de ce qu'ils sont ensemble, tout naturellement à l'aise l'un avec l'autre, sans besoin de faire quoi que ce soit pour se rendre réciproquement heureux.
À la différence des parents, les grands-parents profitent ainsi des plaisirs que peuvent apporter un enfant.
Ce lien est cependant en danger dès que surgissent des divergences voire simplement des idées différentes avec les parents quant aux rôles à tenir.

5- Être mature
Pour Louise Lamontagne, psychologue canadienne : " Les petits-enfants ont besoin d'exemples de grands-parents qui se conduisent de façon responsable, qui relèvent des défis, qui profitent au mieux de leur situation et qui vivent heureux.
Les petits-enfants qui ont la chance d'avoir de tels grands-parents, ouverts, pleins d'énergie, ont de la vie un exemple positif. C'est un héritage dont l'enfant a besoin.
"

Grand-parent un vrai "métier"

L'évolution des mœurs et de la société comme l'envie de profiter des petits-enfants et de participer à leur épanouissement, ont fait évoluer la fonction grand-parent qui semble devenir un vrai " métier " impliquant ouverture d'esprit, lucidité, compétences et générosité.

Selon l'expérience de l'EGPE, les grands-parents sont plus heureux si :

Ils n'empiètent pas sur le rôle des parents ni sur leurs modes de vie qu'il ne faut jamais critiquer ;
Ils sont à l'écoute de leurs enfants et de leurs petits enfants quel que soit leur âge, en étant parfois même un confident ;
Ils donnent et prennent de vrais moments de plaisir et d'échanges en famille ;
Ils transmettent : mais que doivent-ils transmettre ? des valeurs : lesquelles ? la culture : laquelle ? des racines : lesquelles ? des principes d'éducation ? …(voir à ce sujet notre prochain colloque )

Tout cela s'apprend dans le temps et … c'est un vrai métier !


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Un bonheur complexe :
le handicap d'un petit-enfant

Il arrive que cet enfant tant attendu naisse porteur d'un handicap ou encore qu'il soit atteint d'une maladie handicapante… Dans ce cas, explique une grand-mère dont le petit-fils est né avec une surdité profonde, « la joie se fait tristesse, la vie s'arrête. » Agnès Auschitzka   dans le Journal La croix en 2007.

Pour les parents, annoncer que leur nouveau né est handicapé ne va pas de soi.
Pour Colette, maman de Mathilde, trisomique : " Confusément, j'éprouvais une sorte de honte et, en même temps, je me sentais sur la défensive, sans doute par peur de ne pouvoir supporter la peine de mes parents."

Les appréhensions des parents sont très profondes. Elles ne peuvent se dissiper que s'ils constatent que l'enfant handicapé est accepté sans réserve par la famille et d'abord par leurs propres parents.

Les grands-parents sont bouleversés et démunis par un tel événement
Philippe de la Chapelle, directeur de l'OCH (Office chrétien des handicapés) précisent : " Les grands-parents souffrent à double titre : pour eux-mêmes mais surtout pour leurs enfants dont ils craignent qu'ils ne puissent pas assumer leur épreuve."

L'annonce du handicap est toujours une véritable onde de choc, avec, à la clé, un effet domino dans les relations, voire une exacerbation de conflits survenus bien avant la naissance de l'enfant handicapé : difficultés de couple, désaccord ou rapports d'autorité entre les générations, rivalités entre grands-parents, etc.
Mais c'est aussi, tout simplement : " Après tout, ils (les autres) n'ont jamais eu de problème avec un enfant. Ils ont eu beaucoup de chance. Que savent-ils de ce que nous ressentons ? "

Par ailleurs, chacun réagit en fonction de son histoire personnelle et ne sait souvent pas ou n'ose pas exprimer sa souffrance par peur d'être maladroit ou égoïste. 

Le reniement
Deux témoignages :
" J'ai eu l'impression que le ciel me tombait sur la tête et j'ai bien mis deux ans avant de pouvoir m'occuper de mon petit-fils, comme je l'avais fait auparavant avec mes autres petits-enfants. Quant à mon mari, au début, il était tellement malheureux qu'il ne supportait même pas d'en entendre parler ! " Grand-mère de Charles, né polyhandicapé.

Ces premières réactions provoquent bien souvent une rupture définitive.
Elsa raconte :
" L'accouchement de notre petit garçon s'était très mal passé et il est né gravement handicapé, avec peu de chances de survie. Mes parents ne sont venus à la maternité que trois jours après. Le bébé était en réanimation et ils n'ont pas voulu le voir. Lorsque mon père a dit qu'il vaudrait mieux qu'il ne vive pas, mon mari lui a dit de sortir et à ma mère aussi car elle n'a rien dit. Nous avons eu le sentiment que la seule chose qui les inquiétait était d'avoir un handicapé dans la famille.
On ne leur a pas dit qu'il était mort une semaine plus tard et nous ne voulons plus les voir."

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Le rôle essentiel des grands-parents

Les établissements spécialisés accueillent de plus en plus souvent les grands-parents auprès d'enfants handicapés car " Les grands-parents et petits-enfants se comprennent, quel que soit le type ou l'importance du handicap. Ils ont une façon unique de communiquer, un sixième sens. Ils s'offrent les uns les autres de l'espoir et de l'optimisme, de la compréhension et de la compassion."

Avec son professionnalisme et son expérience, Josiane Guillemaut - ancien chef de service de neuro-psychiatrie infantile, grand-mère de 9 petits-enfants dont deux sont polyhandicapés - très investie à l'EGPE, définit ce rôle du grand-parent :
" S'il évite de communiquer sa propre angoisse ou de nier à tout prix la réalité, un grand-parent peut être d'un très grand soutien pour ses enfants qui ont beaucoup d'attentes."

Il apparaît bien, comme le souligne encore Josiane Guillemaut, que mieux que quiconque, le grand-parent, qui a plus de distance que les parents, peut :

Être présent à ses enfants et petits-enfants sans être pesant, alors que l'équilibre est difficile à trouver ;
- Valoriser les parents qui se sentent quelquefois un peu fautifs, parfois incompétents, très souvent fatigués ;
- Être à l'écoute des autres petits-enfants qui souffrent aussi de toutes les conséquences du handicap de leur frère ou sœur : sentiments d'impuissance, d'injustice mais aussi d'abandon, de jalousie, … Ils ont toujours peur d'en parler et de faire de la peine aux parents.

Intégrer naturellement l'enfant handicapé dans l'ensemble de la fratrie (oncles, tantes et cousins), de façon naturelle, comme tout autre membre de la famille. Ils sont les facilitateurs car seuls capables de créer un " lien vital " selon l'expression du Dr Kornhaber qui a écrit sous ce titre.

Jacqueline Wolfrom, grand-mère animatrice d'atelier à l'EGPE explique avec beaucoup d'aisance cette place essentielle des grands-parents :
" Mon petit-fils Stéphane, atteint de myopathie a été porté par toute la famille. Il a pu ainsi vivre avec les autres enfants, se prendre en charge très jeune, notamment pour la prise des médicaments, la kiné, etc. Il a maintenant 35 ans et ne survit que grâce à son travail, aux soins et au sport en montagne. Il vit donc dans les Alpes depuis 5 ans. Aussi, pour Noël, nous louons un chalet afin que tous nos enfants et petits-enfants puissent se retrouver là-bas. Stéphane ne se sent pas du tout différent et il a fait autant de bêtises que les autres."

Pour Josiane Guillemaut, le handicap ou la maladie du petit-enfant sont révélateurs d'incompréhensions et de malentendus préexistants qui conduisent à des réactions malheureuses.
À l'inverse, lorsque la confiance et le respect sont là, les grands-parents trouvent naturellement leur place, avec un rôle bénéfique pour toute la famille et ils en reçoivent beaucoup de bonheur et d'affection en retour.



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POUR EN SAVOIR PLUS

Philippe de la Chapelle, directeur de l'OCH (office chrétien des handicapés)
Josiane Guillemaut, ancien chef de service de neuro-psychiatrie infantile, fut animatrce d'ateliers à L'EGPE Paris puis présidente fondatrice de l'EGPE de Nice
Louise Lamontagne fait partie de l'Association canadienne pour la santé mentale - Chaudière-Appalaches
Site internet: www.acsm-ca.qc.ca    Courriel: info@acsm-ca.qc.ca
Martyne Perrot, sociologue, est chargée de recherche.

Forum EGPE Entre grands-parents et petits-enfants : la force du lien organisé en 1996 par Marie-Françoise Fuchs, médecin psychanalyste et fondatrice de l'EGPE. Les Actes du forum sont épuisés.

À LIRE
« Le lien vital »
du Dr Kornhaber, psychologue de l'enfant et de la famille, chez Robert Laffont 2004
: un texte important sur l'apport des grands-parents dans la construction de l'identité de l'enfant. Il a également publié en anglais un « Guide des grands-parents » aux Editions Paperback (2004)

L'art d'être grand-parent Marie-Françoise Fuchs et les psychologues de l'EGPE Minerva avril 2000 -
Questions de grands-parents - La Martinière - de Marie-Françoise Fuchs et Geneviève Laplagne avec la collaboration des psychologues et journalistes de l'EGPE.
Le siècle des grands-parents : de Claudine Attias Donfut et Martine Segalen. Edition Autrement, 2001
Grands-parents – la famille à travers les générations : Enquête pour la CNAV de Claudine ATTIAS-DONFUT et Martine Segalen, publié chez Odile Jacob 1998
" Le siècle des grands-Parents Une génération ici et ailleurs" , Autrement, coll. Mutations, n°210, 2001, 246 p.
Grands-parents et grands-parentalités par Benoît Schneider Marie-Claude Mietkiewicz, Sylvain Bouyer, maîtres de conférence en psychologie à l'université Nancy 2, ont créé un groupe de recherche sur les grands-parents et la grand-parentalité, le GROCM , chez érès 2005

 

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