Relations en famille

ÊTRE GRAND-PARENT ET PARENT

La place de grand-parent ne se construit pas à partir de l'annonce d'un nouveau venu dans la chaîne des générations, mais elle prend ses racines dans le lien que le grand-parent a construit avec chacun de ses enfants." Anne Thévenot, maître de conférences en psychologie clinique.

Thèmes abordés
Être grand-parent
Être parent et grand-parent
La séparation du couple
Lorsque les enfants se séparent
Lorsque les grands-parents se séparent
Justice / injustice entre frères et sœurs
L'amour
L'argent et les conflits familiaux
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ÊTRE GRAND-PARENT

Les grands-parents sont seconds vis-à-vis de leurs petits-enfants
Dès 1994, en créant l'EGPE et en publiant "Questions de grands-parents " puis "l'Art d'être grands-parents", Marie-Françoise Fuchs voulait aider les grands-parents à trouver leur place dans la famille et la société d'aujourd'hui.

Cette place n'est effectivement pas si simple à "inventer" :
- Généalogiquement, la naissance d'un petit-enfant fait grimper ses grands-parents d'une génération, près des "vieux". Certains ne supportent pas ce changement de place.
- Les grands-parents imaginent souvent la place qu'ils occuperont auprès d'un petit-enfant, mais ... ils ne décident pas seuls et leurs représentations peuvent s'entrecroiser avec les représentations très différentes des parents.
Le manque d'échange entre parents et grands-parents sur ce sujet sont, selon les écoutantes de l'EGPE, source de nombreuses incompréhen- sions et parfois de ruptures.
- La construction des liens avec le petit-enfant ( mode de relation, périodicité des rencontres, etc.), dépendra, tout au long des années, de la place accordée aux grands-parents par les parents et de la confiance que ceux-ci leur accordent :
Pour conserver des relations confiantes en famille, le grand-parent doit en effet assurer - par la parole et par les actes - que les parents sont premiers auprès de leurs enfants, qu'ils n'empièteront pas sur leurs choix et leurs décisions.

  " La première année, mon fils et ma belle fille nous " prêtaient" seulement - de temps en temps - leur premier enfant pour un après-midi. Je sentais bien que cela leur coûtait de se séparer de Jérôme. Aussi, en le ramenant chez eux, je les remerciais de nous l'avoir confié et je leur disais tout le plaisir que nous avions eu d'être avec Jérôme qui montrait aussi son bonheur.
Après l'arrivée du 2ème enfant, les deux petits sont venus régulièrement, y compris pour des vacances. J'ai eu le sentiment que les jeunes parents avaient compris que nous resterions bien en seconde place auprès de leurs enfants. "
Laurence, 58 ans

La fonction éducative d'un enfant relève des parents, non des grands-parents
Marie-Claire Chain , psychologue, rappelle régulièrement : " il n'incombe pas aux grands-parents de donner des conseils sur l'éducation, sauf si on le leur demande, ce qui est rare. A l'EGPE, au sein des groupes de parole et d'échanges, on travaille beaucoup sur cet aspect".
N'ayant pas la responsabilité d'éduquer leurs petits-enfants, ni la posture ancienne de patriarche, les grands-parents d'aujourd'hui assument néanmoins un rôle valorisant et très important pour l'épanouissement d'un enfant.

Gérard Neyrand, sociologue, responsable de recherche au CIMERS propose le terme socialisation, pour désigner l'effet de l'interaction avec la nouvelle génération – notamment en termes d'apprentisage – rappelant que toute éducation est sociale (y compris dans l'interaction mère-bébé), renouvelée et réciproque entre petit-enfant et grand-parent en même temps que complémentaire aux autres rapports de socialisation.

Ce rôle de socialisation ne peut cependant s'exercer que si les parents leur en donne la possibilité.
 

En complément, voir aussi le rôle des grands-parents dans :
Être grand-parent aujourd'hui
Être grand-mère
Être grand-père

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ÊTRE PARENT ET GRAND-PARENT

« Avant de donner un avis à nos enfants adultes, il nous faut d'abord les accueillir, sinon nos conseils, nos encouragements, voire les mises en garde ou tentatives de consolation tombent à plat ou leur font mal parce qu'ils ont le sentiment qu'on ne leur fait pas confiance. » Louis, 57 ans père de trois enfants de 32, 29, 28 ans

Devenus parents, ces adultes ont encore besoin d'être encouragés et félicités et s'ils considèrent que leurs parents ont été " de bons parents", ce besoin est encore plus grand.

Toutes les manifestations de confiance et d'estime leur sont utiles pour réduire la crainte d'être mal jugés, notamment lorsque les plus jeunes crient, cassent, répondent,…

Il faut penser à les compli- menter sur leurs enfants en signalant ce qui est positif. Lorsqu'ils en prennent l'habitude, les grands-parents disent que c'est facile, cela fait plaisir aux parents et aux petits-enfants concernés, tout en leur donnant confiance et gratitude envers le grand-parent.

" Je ne vois pas l'intérêt de raconter les petits problèmes que j'ai eu avec mes petits-enfants car si j'en parle, les parents risquent d'en faire une montagne ou de se sentir obligés de punir et ils m'en voudraient. Par contre, je leur dis souvent ce qui me plaît, par exemple :

- " Léo est curieux de tout. J'aime bien l'emmener au parc, tout l'intéresse. J'ai passé une très bonne journée avec lui.".

- " C'est vraiment très agréable lorsque vos enfants sont chez nous : ils sont polis, ils jouent avec les petits voisins et il n'y a pas de problème, ils font attention : on voit que vous leur avez appris les règles de sécurité".

- " Chloé sait déjà plein de chansons : elle m'a dit que vous chantiez souvent le soir après dîner ; elle en profite bien ! " Evelyne, 63 ans, 2 enfants, 5 petits-enfants

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LA SÉPARATION DU COUPLE

Lorsque les enfants se séparent

Les grands-parents vivent l'échec du couple de leur enfant comme un peu le leur :
"À ce moment de rupture, les grands- parents pressentent qu'ils vont devoir jouer un rôle particulier pour sauver ce qui peut l'être de l'équilibre familial, tout en se sentant impuissants et démunis ; c'est encore plus difficile lorsqu'un des parents se remet en couple avec quelqu'un d'autre…" Agnès AUSCHITZKA

Même s'ils ne culpabilisent pas -" Est-ce que j'ai fait ce que je devais faire?", ils souffrent pour eux-mêmes mais aussi et surtout pour leur enfant et leurs petits-enfants et, dans bon nombre de cas, de l'éloignement du gendre ou de la belle fille que l'on aimait. Pour ces grands-parents, l'avenir de ceux qu'ils aiment leur semble plus que jamais incertain, comme suspendu.

" Comment mon fils va-t-il supporter de ne plus vivre avec son fils ?"
" Comment ma fille va-t-elle pouvoir organiser son travail, la charge des enfants et la baisse de revenus ? Comment l'aider ? "
" Que vont devenir mes petits-enfants à courir chez l'un et chez l'autre ; est-ce que je les verrai autant ? ; est-ce qu'ils pourront encore passer des vacances avec leurs cousins ? "
" Et s'ils déménagent ? "
" Et … ?"

Pour Marie-Claire Chain, psychologue et animatrice de groupes de parole à l'EGPE :
" Les grands-parents savent qu'ils devront jouer un rôle particulier pour conserver un équilibre familial nécessaires aux jeunes enfants et à leurs enfants ; ils sont désemparés et doivent repenser leurs relations en fonction des nouvelles donnes ; ils ont peur de ne pas savoir s'y prendre et se posent beaucoup de questions sur l'immédiat et sut des sujets difficiles à formuler :
" Comment faire pour ne pas s'imposer tout en restant disponible ?"
" Tout va si vite chez les jeunes : ils s'aiment, font des enfants, se séparent ; et nous, alors, comment nous situer ? »

Des lieux de parole et d'échanges peuvent alors être d'un grand secours.
" Partager mon expérience avec d'autres parents confrontés à des difficultés semblables, m'a permis de trouver plus facilement des solutions à mes problèmes » , reconnaît Marie-Ange, dont la fille a divorcé deux ans après avoir épousé celui avec qui elle vivait depuis cinq ans, père de ses deux enfants.

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Lorsque les grands-parents se séparent

Avec l'allongement de la vie, le temps de vie conjugale s'allonge aussi. Un mariage qui durait en moyenne 10 ans au 17ème siècle, peut durer plus de 60 ans aujourd'hui.

Le divorce étant moins stigmatisé et l'exigence à l'égard du conjoint étant plus grande, le taux de divorce des 60 ans ou plus, quoique encore faible, a augmenté en 10 ans de 28 % chez les femmes et de 39 % chez les hommes ( source INED ) ; le taux de divorce après 30 ans de mariage est passé de 0,9 en 1972 à 4,6 en 2002 (INSEE ).
Chez les 60-64 ans, cinq ans après le divorce, 43,1% des hommes et 17% des femmes sont à nouveau en couple mais seulement 11,8% des veufs et 3,2% des veuves.

Au Canada, la fréquence des divorces a baissé de 11% en une décennie mais les divorces entre les quinquagénaires et les sexagénaires ont augmenté de 40% entre 1993 et 2003.
Le pic se situe entre 50 et 54 ans‚ avec une hausse de 47,8% de divorces, selon Statistics Canada
"La plupart du temps‚ les conjoints restent ensemble pour les enfants‚" commente le psychologue Al Riediger. Il suggère cependant qu'auparavant‚ "les couples restaient tout de même ensemble pour des raisons d'ordre financier".

Les enfants en couple vivent souvent très mal cette séparation tardive de leurs parents qu'ils n'avaient généralement pas envisagée. En dehors de quelques enquêtes de proximité, il n'existe pas actuellement d'études sur les conséquences, pour les descendants, de la séparation du couple grands-parents.
Mais l'expérience acquise à l'EGPE et autres associations concernées par la famille font ressortir que
la séparation du couple grand-parent n'est jamais sans conséquence pour les enfants
Elle met en relief les problèmes d'un couple ( celui de leurs parents) qu'ils ont généralement voulu ignorer et qui les amènent à se poser des questions sur la stabilité de leur propre couple ;
Elle provoque de fortes inquiétudes et de l'insécurité chez les petits-enfants : " Est-ce que vous aussi vous vous séparerez ?" ; " Est-ce que je verrai encore papi ? ; et mamie ?", "Est-ce qu'ils seront là, tous les deux, pour mon anniversaire ?" ; etc.
Elle génère des "devoirs", acceptés ou non, vis-à-vis du parent qui se sent "abandonné", demande un soutien affectif ou même financier tout en critiquant parfois l'ex-conjoint espérant qu'il sera ainsi rejeté par ses enfants ;
Elle entraîne inévitablement un éloignement avec chacun des parents pour ne pas prendre parti mais aussi en raison du temps disponible à partager, des distances, malaise,… ;
Les rencontres diminuent aussi fréquemment pour ne devenir qu'exceptionnelles lorsqu'un grand-parent, de nouveau en couple, s'occupe et s'attache aux petits-enfants du partenaire, générant l'amertume de ses enfants comme si cela usait l'amour destiné à ses petits-enfants de sang.

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JUSTICE / INJUSTICE ENTRE FRÈRES ET SŒURS

- L'amour
- L'argent et les conflits familiaux

L'amour

" Quel que soit son âge et bien involontairement, chaque enfant a vis-à-vis de ses parents une demande affective un peu excessive et des attentes souvent impossibles à satisfaire. Cette situation engendre parfois une souffrance qui peut devenir obsessionnelle. " Marie-Claire Chain , psychologue
Ces attentes de l'enfant ressurgissent lorsqu'il devient parent, et la fille ou le fils attendent que les grands-parents donnent au moins le même amour à leurs enfants qu'à leurs autres petits-enfants : amour donné en temps, en gestes, en mots, en cadeaux, …

L'argent et les conflits familiaux

Selon Nancy de La Perrière, psychanalyste et Marie-Claire Chain psychologue, animatrices de groupes de parole à l'EGPE, :
" Les non dits au sujet de l'argent perturbent les relations entre les grands-parents et leurs enfants car derrière la question de l'argent se pose celle de la place et de l'amour qu'on a dans la famille.
Notre rôle, à l'EGPE, est d'écouter et de permettre une mise à distance de ces affectivités blessées qui s'expriment par un sentiment d'abandon, d'inutilité, d'incompréhension."

Ainsi, dans une fratrie, le don ravive les rivalités infantiles et les gens en sont tout surpris. Des parents qui ont le sentiment d'avoir donné exactement la même chose à leurs trois enfants provoquent quand même un conflit, difficile à gérer car, si on le rapporte au bon sens, il est incompréhensible.
Marie-Claude François-Laugier, psychanalyste explique : " La donation est perçue comme une preuve d'amour ; si on en reçoit moins qu'un autre, on se sent moins aimé."

Parler d'argent fait prendre conscience que notre relation à l'argent n'est pas toujours très nette. Il est donc important pour chacun et en famille de savoir, d'être au clair :

Que mettons nous derrière cette relation à l'argent ?
L'argent, " monnaie d'échange " mais lequel ?
L'argent pour dire " l'amour " mais lequel ?
L'argent pour affirmer un « pouvoir » sur les choses, sur les personnes ?
L'argent qui sert à se comparer aux autres, excitant les rivalités ?
L'argent comme signe de réussite : mais laquelle. ?

L'argent est-il un allié pour :
Soutenir les enfants ?
Gâter et aider les petits-enfants ?
Anticiper et organiser autant que faire se peut sa succession ?

Les non dits sur la relation à l'argent, les silences sur les cadeaux, les dons ou héritage, lorsqu'il y en a, les difficultés de paroles au moment de la disparition du conjoint, génèrent très souvent des incompréhen- sions, des blessures, des souffrances, voire des ruptures et même des haines définitives en famille.

Selon Sylviane Plantelin, notaire à Saint-Germain-en-Laye : " Les grands-parents aident financièrement et de façon active les parents, mais aussi les petits-enfants. Donner de son vivant a beaucoup d'avantages car au moment des donations, en général, tout le monde s'entend bien. Il faut en profiter pour bien faire les choses et trouver des solutions pour qu'il y ait équité, en présence des parents. C'est lors des successions que les conflits se produisent, lorsqu'il n'y a pas eu de donation partage."

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POUR EN SAVOIR PLUS    

 

Marie-Françoise Fuchs : fondatrice de l'EGPE, médecin, est auteur de Question de grands-parents et de "l'Art d'être grands-parents" tous deux réédités et épuisés.
Marie-Claire Chain , psychologue, responsable de la commission Ecoute, échanges et animatrice de groupes de parole à l'EGPE Nancy de La Perrière, psychanalyste, est animatrice de groupes de paroles à l'EGPE
Les groupes de paroles et d'échanges de l'EGPE sont organisés à tout au long de l'année, abordant, en clé d'entrée, des sujets traitant du vécu des grands-parents. Voir ces groupes
Anne Thévenot, maître de conférences en psychologie clinique in Grands-parents et grands-parentalités, éditions érès .
Gérard Neyrand, sociologue, responsable de recherche au CIMERS in Grands-parents et grands-parentalités, éditions érès

Agnès AUSCHITZKA journaliste - article paru dans le Journal La Croix du 30/01/2008
Les cahiers de l'Ined. Histoires de familles, histoires familiales , Enquête Famille de 1999, chapitre "Histoire conjugale des 50 ans et plus", Christiane Delbès, Joëlle Gaymu.
Enquête Insee , août 2007.
Marie-Claude François-Laugier , psychanaliste auteur de : Comment régler ses comptes avec l'argent chez Payot

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