QUAND LES ENFANTS QUITTENT LA MAISON dessin de notre ami Piem
Selon le docteur Alain Braconnier, "se séparer ne consiste pas seulement à mettre une distance entre deux personnes, c'est aussi être dans l'ignorance plus ou moins temporaire de ce que fait l'autre, avec qui il est."
Le nid vide
Selon les enquêtes sur la famille, notamment de l'INED, plus de la moitié des parents évoquent la satisfaction de voir leurs enfants devenir indépendants mais un sur deux met l'accent « sur un sentiment de vide, de solitude ou d'ennui ».
Aujourd'hui, les enfants quittent le domicile de leurs parents entre 21 et 25 ans, selon les enquêtes. Même si on s'y attend, même si on s'est préparé - et même si parfois on le souhaite - le départ des enfants, notamment du dernier, est un tournant difficile, souvent douloureux.
"Lorsque j'étais jeune, je me moquais de ces mères qui pleuraient le jour du mariage de leur fille. Mais le soir où ma fille a emménagé avec son ami, emportant meubles, livres et vêtements, nous avons toutes les deux éclaté en sanglots en nous quittant, sachant pourtant que nous nous reverrions trois jours plus tard. Mon mari n'a pas pleuré mais c'était tout comme." Christiane
C'est le syndrome du nid vide.
Certains, comme Alain Braconnier, proposent d'anticiper le départ des enfants, un peu comme le départ à la retraite, de faire le deuil de son statut de parent pour retrouver des investissements communs avec son conjoint.
D'autres conseillent - comme dans parent-solo - de penser un peu à soi et/ou de copier les familles monoparentales qui sont plus rodées : ces mères ou pères séparés ont dû anticiper ce départ avec la garde alternée des week-end et des vacances. Ils ont des stratégies pour vivre sans les enfants avec la famille, les amis, les activités sociales ou de loisirs,...
Sur magicmaman.com " , une mère expérimentée, se veut rassurante : "Pour tous les parents c'est un cap difficile, mais on ne fait pas les enfants pour soi. Le principal est de rester complices, d'être toujours présents sans les envahir et de leur montrer notre amour".
C'est une période parfois difficile pour le couple, lorsque le dernier enfant décide de partir.
Lorsque le "nid" se vide, les parents mis à l'écart de la vie quotidienne de leurs enfants, sont confrontés à une épreuve de vérité pour le couple C'est d'abord le sentiment de ne plus être acteur au quotidien du bonheur de son enfant, donc de ne plus être vraiment parent ; C'est la prise de conscience d'une nouvelle étape avec l'accès à la cinquantaine ou plus, la retraite qui approche, l'âge de la ménopause pour les femmes ; C'est se retrouver journellement en face-à-face dans une maison, un appartement trop grand, trop calme…
Au départ des enfants
de nombreux couples décident de penser enfin à eux et organisent des activités en communs (voyages, activités culturelles) ou en solo (bénévolat pour l'un, jardinage, atelier de peinture, de reliure, ...pour l'autre) afin de pouvoir ensuite échanger sur des expériences nouvelles.
Pour d'autres, le départ
peut être ausi l'élément déclencheur d'une crise, voire d'une rupture dans le couple. Il n'y a plus d'enfant pour masquer les problèmes quand ils existent. L'objectif du couple n'étant plus "l'enfant" mais le "vivre ensemble" dans une union que plus rien n'impose (sauf le choix consenti), il apparaît vite nécessaire de repenser la vie à deux.
C'est à cette étape que " les agacements" conjugaux décrits par Jean-Claude Kaufmann, "les petites guerres du couple" autrefois noyées dans le laisser-aller des enfants deviennent dangereux.
Témoignage de Michèle, chargée de relations commerciales
"J'étais déjà grand-mère et je ne pensais pas que ce serait si difficile après le départ du dernier car depuis le lycée mes enfants n'étaient là qu'aux week-ends et aux vacances. La première année s'est donc bien passée : j'appréciais d'avoir plus de temps pour moi. Après un an, j'avais toujours mon travail mais j'ai senti que la maison était vide : pas de bruit, plus de désordre, pratiquement plus de ménage ni de lessive… rien à faire et mon mari ne parle pas beaucoup ! et lorsqu'il rentre en retard le soir, je me sens très seule dans cette grande maison. J'ai même acheté une machine à coudre pour m'occuper..."
Devenu adulte, l'enfant a l'avenir devant lui mais le départ n'est pas facile non plus. Il se sent exclu de chez ses parents pour de nombreuses raisons auxquelles, d'ailleurs, les parents ne pensent pas, par exemple :
" Vous ne m'avez pas dit que vous receviez les XX ! Vous savez pourtant que je les aime beaucoup. J'aurais été content de les voir."
" Je retrouvais mon père toutes les semaines pour faire du tennis. C'est lui qui payait ma cotisation ; c'est trop cher maintenant pour moi alors je lui dis que je n'ai pas le temps."
" Qu'est-ce qui vous arrive ? Cela fait trois fois que je vous appelle et vous n'êtes jamais là ! "
Le plus mal vécu, même si tout semble bien se passer, est de ne plus avoir " sa chambre" lorsqu'elle est donnée à un plus jeune ou utilisée autrement. Jacques le dit à sa façon :
" Je n'ai pas voulu mettre mon bureau dans la chambre de notre fille car elle tenait beaucoup à sa chambre et elle y dormait encore souvent avec son mari. C'est seulement lorsque ses neveuw puis ses enfants se sont progressivement appropriés cette pièce, qu'elle a cessé de dire " ma chambre." Christian 68 ans
Selon l'enquête INED , la décision de réaménager le logement après le départ des enfants n'est pas évidente pour les parents non plus : cinq ans après le dernier départ, les 2/3 qui n'ont pas déménagé considèrent que la chambre du dernier enfant parti «est toujours restée la sienne».
Si le parent sait combiner l'art de n'être ni envahissant ni indifférent, d'être intéressé mais non indiscret, d'être affectueux mais suffisamment distant, .... Si une relation d'adulte à adulte permet à l'enfant de se savoir estimé et reconnu au point de pouvoir demander conseil ; Si l'enfant se sent encore un peu "chez lui" lorsqu'il vient chez ses parents :
Témoignages " Je suis restée chez ma mère jusqu'à 26 ans car je travaillais beaucoup : nous étions très proches mais quand je suis partie elle m'a dit que je devais me débrouiller toute seule ! J'ai acheté un studio sans son aide mais je savais qu'elle était là. Elle s'est remariée peu après. J'ai beaucoup d'amis mais je vais souvent la voir." Sylvie, responsable de rayon en grande surface
" Bien qu'il ait maintenant trois enfants, lorsque mon fils arrive, il va jusqu'au frigidaire pour piocher dedans, comme lorsqu'il vivait encore avec nous. Je fais attention à mettre au moins un saucisson." Serge, cadre retraité
LES ATTENTES EN FAMILLE Les attentes des grands-parents et les attentes de jeunes parents ont pu s'exprimer à travers deux enquêtes de l' EGPEqui ont préparé notre forum 2004 : "L'avenir appartient aussi aux plus de 55 ans".
800 grands-parents avaient répondu au questionnaire diffusé par le canal associatif, 381 parents ont rempli le questionnaire diffusé par la Fédération nationale des Écoles de Parents et des Éducateurs et le Mouvement Mondial des Mères .
Attentes des grands-parents vis-à-vis de leurs enfants
Les attentes sont satisfaisantes pour 81% des personnes qui ont répondu à l'enquête de l'EGPE. Elles mettent en avant la qualité des échanges et de la communication (62,8%) ainsi que des relations de confiance.
Seulement 17,8% des grands-parents mettent en avant "pouvoir s'occuper de nos enfants adultes" ou " apporter aux enfants les aides dont ils ont besoin".
Les grands-parents insatisfaits sont principalement des femmes de 55 à 59 ans sans activité professionnelle.
Leurs motifs d'insatisfaction sont d'abord liés à des problèmes relationnels dont le manque de dialogue avec les enfants ou l'incompréhension.
Viennent ensuite l'éloignement, le gendre et beaucoup plus fréquemment la bru qui bloquent la relation. Exemples : "Nous avons été totalement écartés de nos petits-enfants par notre seconde belle-fille qui a pris tout pouvoir sur eux." "Nous avons des difficultés avec l'aîné depuis son mariage, seuls les parents de madame comptent" ;
Certaines grands-mères reprochent aussi à leurs enfants leur individualisme, leur manque de disponibilité et se plaignent de n'occuper qu'une place marginale dans la vie de leurs enfants.
Un seuil de tolérance très élevé face aux exigences de leurs enfants est apparu dans toutes les réponses au questionnaire. Le leitmotiv de nombreux grands-parents semble être : "Il ne faut jamais rien imposer et surtout ne rien demander".
Or l'expérience acquise à l' EGPE sur la ligne Allo-grands-parents et dans les ateliers d'écoute et d'échanges" nous montre malheureusement les limites de cette injonction grand-parentale :
Les multiples inquiétudes telles que "J'appelle ou je n'appelle pas " ; "Est-ce qu'ils passeront Noël avec nous ou avec les autres parents?" et toutes les autres attentes non formulées et en conséquence mal vécues, finissent par créer un climat d'insécurité et de rancœur.
Lorsque les grands-parents ne conservent pas de relations en dehors de leur famille immédiate et n'ont pas d'activités spécifiques, ils sont en attentes permanentes et inévitablement décevantes car les jeunes parents sont débordés, ont peu de disponibilité, sont pris par un monde extérieur à celui des grands-parents.
C'est pourqui l'EGPE multiplie les opportunités de rencontres entre grands parents avec des activités intergénérationnelles, mais aussi des ateliers ou des sorties culturelles, des groupes de réflexion en commission sur l'Europe ou autres thèmes.
Attentes des jeunes parents
vis à vis
de leurs parents
L'enquête EGPE a montré que les relations entre les deux générations sont bonnes, voire très bonnes : moins de 15% trouvent qu'ils les voient trop... mais 1/3 des parents disent être insatisfaits parce qu'ils ne voient pas assez souvent leurs parents, en raison du manque de temps et / ou de la distance.
Les relations avec les parents correspondent, pour 80%, à ce que souhaitent les enfants ; seulement 14% sont plutôt insatisfaits et 5% pas du tout satisfaits.
Il ressort de l'enquête que : La proximité des domiciles lorsqu'elle est recherchée, ainsi que la situation des grands-parents en couple favorisent les bonnes relations : il est probable que le degré d'attente des grands-parents vivant seuls pèsent sur la relation.
Le rythme de vie des grands-parents est important car on note que les deux générations sont tout à fait en phase sur le plan relationnel quand "la vie quotidienne des grands-parents est bien remplie".
Les grands-parents plutôt désœuvrés attirent moins leurs enfants : les relations positives chutent et les relations négatives sont proportion- nellement plus importantes : les rapports interpersonnels sont probablement plus lourds à gérer du fait des attentes fortes de ces grands-parents centrés seulement sur la famille.
En s'appuyant sur les travaux de l'EGPE, il ressort que :
La communication par téléphone, internet ou courrier (cartes de voyage, d'anniversaire, ...) est tout à fait déterminante pour entretenir les liens et se tenir au courant de l'évolution de chacune des familles de nos enfants. 59 % des jeunes insitent aussi sur la nécessité de parler, de discuter lorsqu'on se voit ; La rencontre physique apparaît nécessaire pour les grands-parents et la majorité des parents, avec vacances, repas, réunions de famille. Il faut aussi "confier les enfants assez souvent " au moins pendant les vacances lorsqu'on est éloigné.
Les parents peu satisfaits des relations avec leurs propres parents mais soucieux de maintenir les liens pour leurs enfants leur confient néanmoins leurs enfants durant les vacances. Les cadeaux ne sont que très peu considérés comme une bonne façon de rapprochement et l'aide financière apportée par les parents n'est que très peu considérée : 26% seulement des parents disent, dans notre enquête, recevoir une somme d'argent qui est appréciée mais le plus souvent occasionnelle, pour les étrennes, les vacances, un achat d'équipement électroménager, des meubles, etc. On notera que toute l'aide que peut représenter l'accueil des enfants en vacances chez les grands-parents, les prises en charge multiples, tout au long de l'année, l'achat des livres scolaires, les sorties, etc. ne sont pas considérés comme un don. Les modalités de rencontres en famille varient dans le temps : lorsque les grands-parents sont encore jeunes, leurs enfants comptent sur eux mais ils se chargent ensuite de maintenir les liens avec leurs parents qui ont vieilli.
Il est tout à fait extraordinaire que le plaisir et le besoin
de rencontres entre les deux générations soit autant recherché et aussi satisfaisant de part et d'autres,
dans le contexte actuel où le temps est vécu de façon tellement différente par les intéressés. Nancy de la Perrière, psychothérapeute
Pour faire part de votre expérience, pour parler de vos joies et de vos soucis, allez sur notre forumhttp://egpe.forums-actifs.net/
POUR EN SAVOIR PLUS
Anne Thevenot psychologue, professeur à la Faculté de psychologie et Sciences de l'Éducation de Strasbourg Université. Docteur Alain Braconnier, psychiatre et psychanalyste, auteur du Guide des adolescents, Ed. Odile Jacob, 1999.
Article paru dans Le Monde, édition du 01.08.07 "Pour les parents, l'envol de leur progéniture est un moment délicat qui peut mettre le couple en danger." Jean Claude Kaufmann: sociologue, directeur de recherche au CNRS : Agacements Le spetites guerres du couple, chez Armand Colin.
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Accueil du lundi au vendredi, de 9H30 à 12H30 et 14H à
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L'Ecole
des Grands-Parents Européens est
un lieu
de recherche, de réflexion,
d'échanges,
de rencontres
et
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