Rôle et place dans la famille

ÊTRE GRAND-PÈRE

" Être père, ce n'est pas évident mais c'est quand même une décision personnelle, tandis qu'être grand-père c'est un rôle qui vous tombe dessus. Pour moi, c'est quand même une grande différence." François de Singly

Thèmes abordés
"GRANDS-PÈRES QUI ÊTES-VOUS ?"
LES GRANDS-PÈRES AU QUOTIDIEN
FIN DU MODELE PATRIARCHE
GRAND-PÈRE ET BEAU-GRAND-PÈRE
J'AIMERAIS PARLER DE MON GRAND-PERE

LE GRAND-PERE NOUVEAU...? voir dans notre Journal N° 39
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et donnez votre point de vue concernant le grand-père sur notre forum

 

"Grands-pères, qui êtes-vous ?"

Il y a les chansons sur le grand-père de Georges Moustaki, ou de Georges Brassens,
Il y a aussi des films, comme Monsieur Léon de Pierre Boutron avec Michel Serrault,
Il y a des livres d'enfants, assez nombreux, qui évoquent des relations avec le grand-père.
Mais la presse qui s'intéresse aux grands-parents, tout comme la littérature scientifique (hormis de rares chercheurs comme Claudine Attias-Donfut), parle généralement des grands-parents de façon globale ou du point de vue qui est souvent celui de la grand-mère ; le grand-père en tant que tel est ignoré (inconnu) dans sa fonction propre, comme l'a été longtemps le père.

Partant de ce constat Benoît Schneider, psychologue, a étudié la fonction du grand-père en 2005, publié dans "Grands-pères qui êtes-vous ? éclairant l'image de ces nouveaux grands-pères :

Ils construisent auprès des tout-petits un type d'échange soutenu, gratifiant, revendiqué et spécifique
où il est différent du modèle de la grand-mère, différent également du père qu'ils ont été : ils se révèlent à la fois apaisants, tendres et stimulants.
Accompagnateur bienveillant
Avec les enfants de plus de 3 ans, "le grand-père apparaît, dans cette étude plus comme un accompagnateur bienveillant que comme un agent de socialisation ; de ce fait, il favorise finalement davantage le modèle de relation qui a été construit dans la prime enfance".
Ce sont ces grands-pères que nous retrouvons aux ateliers grands-parents / petits enfants de l'EGPE.

"Une faible consistance dans l'appropriation par les grands-pères de leurs représentations de rôles et fonctions, alors qu'ils reconnaissent ceux de la grand-mère.
Est-ce par insuffisance de modèles identitaires ? Ayant peu la possibilité de se référer aux modèles de leurs propres grands-pères, ils se regardent en comparaison avec leur position de père …. Et ils se sentent en continuité, même s'ils admettent une évolution".

Absence de normes et de modèles élaborés de grand-parentalité pour cette génération de grands-parents historiquement récente et porteuse de nouvelles valeurs (dynamisme, autonomie, réalisation de soi). Ces normes se constituent progressivement.

Benoit Schneider conclut :
En raison de "l'effacement ou dela faiblesse des valeurs qui leur ont été affectées, des conditions difficiles pour exercer leur position grand-paternelle, pour des raisons sociologiques et psychologiques, les grands-pères disposent d'une assise fragile pour "revendiquer" leur place socialement et individuellement, alors qu'elle apparaît individuellement reconnue et souhaitée".

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Les grands-pères au quotidien

Est-ce parce qu'il y a trop de monde – autres grands-parents, oncles, tantes, etc. – autour du premier petit-enfant que le grand-père, non sollicité, peine à définir son rôle ?
Les grands-pères sont pourtant présents, comme l'a vérifié Benoit Scheider, comme nous le constatons à l'EGPE (association présidée par Yves Boutonnat, grand-père) et comme le signale Claudine Attias Donfut dans "la fabrication des grands-pères" :
"Nous avons rencontré au cours de notre enquête des styles très différents (mais qui ne représentent pas la gamme de tous les styles potentiels), des "randonneurs", des "bâtisseurs", des "randonneurs et bâtisseurs", des "patriarches", ou encore des grands-pères "au figuré" et surtout des "grands-pères avec la grand-mère".

Ces grands-pères qui se sont occupés de leurs propres enfants en bas âge, acceptent de "garder" seuls leurs petits-enfants lorsque la grand-mère est indisponible :
C'est une façon de construire avec le petit-enfant ce lien affectif qui est si particulier, qui a besoin de se nourrir d'émotions et de souvenirs.
C'est aussi une façon de "marquer sa place".

Témoignage
Lorsque ma femme est indisponible pour répondre à une urgence de nourrice malade ou autre imprévu, je suis inquiet mais ensuite ravi de passer la journée seul avec un de mes petits-enfants. J'ai droit aux câlins, aux bavar-dages et … on peut jouer à des jeux que j'aime, chahuter, faire du bruit, rire au Guignol voir un film idiot. Là, je me sens vraiment grand-père, une vraie relation se construit".

Autres témoignages :
Maurice, Pierre, Benoît comme certainement bien d'autres grands-pères qui partagent leur vie avec une compagne, elle même grand-mère, nous disent s'organiser pour prendre en charge seul l'accueil de leurs petits-enfants qui ont généralement plus de 2 ans. Et ils racontent ces après-midis ou les quelques jours de vacances, avec les mêmes mots et le même bonheur que le font les grands-mères.
Voir d'autres témoignages dans notre Journal N° 39, en page 8

Suite à un "Café des grands-pères", Monique Laboureur, présidente de l'EGPE de Bruxelles, précisait dans un interview :
"Il apparaît très clairement que ces nouveaux grands-pères consacrent à leurs petits-enfants beaucoup plus de temps qu'ils n'ont pu en consacrer à leurs propres enfants et qu'ils en sont ravis ;
Encore actifs et dynamiques, ils ont pu faire la part de la vie familiale avec ses contraintes et des activités qui sont les leurs, qu'elles se situent encore dans le professionnel ou qu'elles abordent le social, le culturel, les voyages, les sports ;
Avec leurs petits-enfants, les grand-pères semblent privilégier, autant que faire se peut, les activités extérieures : découverte de la nature, jardinage, sports mais aussi le bricolage et, en dehors de cela, quelques fois l'informatique ! Mais ils s'intéressent aussi à la scolarité et aux études de leurs petits-enfants, les problèmes qui touchent les jeunes générations les interpellent…"

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Fin du modèle "patriarche" ?

Par la transmission du nom, le grand-père était en France, jusqu'en 2005, le référent institutionnel - le patriarche - d'une lignée inscrivant généalogiquement l'enfant dans une continuité paternelle.

Les implications sur la société de la loi sur la filiation et la loi sur la dévolution du nom de famille.
Dans un article de la Revue d'anthropologie française" Valérie Feschet
considère que désormais, même si cette loi parait timide - le nom du père prévalant en cas de désaccord - il s'agit d'un grand boule ver- sement symbolique dans les principes de la filiation.
Par exemple :
Le nom de la mère, le matronyme, ne sera plus la marque d'une absence paternelle, un "défaut de filiation", mais bien un nom de famille à part entière ;
Le choix d'un couple de retenir le nom du père et le nom de la mère donnera une spécificité à chaque nouvelle union conjugale et permettra de différencier des sous-groupes de frères et sœurs dans les familles recomposées qui sont de plus en plus nombreuses.

Les grands-pères d'aujourd'hui se positionnent de moins en moins dans une posture de patriarche. Exemples :
Benoit Schneider note "le repli sur des fonctions hédonistes, dosées à convenance, et le délaissement des aspects psychologique-ment coûteux (l'autorité). Cet effacement de la fonction d'autorité peut s'expliquer non seulement par la rationalité du modèle éducatif/social qui correspond au discours ambiant, mais aussi par ce modèle de la préservation du plaisir."

Témoignage
"À la naissance d'un enfant la famille ne s'élargit pas. Il se crée une autre famille. C'est une situation que je ne maîtrise plus. Je ne me sens donc pas patriarche. Je suis content si je suis invité. Mon fils, ma belle fille et Paul ne font pas partie de la même "famille", ils ont formé la leur." François de Singly, sociologue

Claudine Attias Donfut et Martine Segalen dans "Le siècle des grands-parents" précisent que les patriarches rencontrés "s'imposent moins par une attitude autoritaire que par une attitude protectrice et une volonté de donner et de prendre le leadership dans la famille par leurs dons. Ils se reconnaissent surtout par l'impression qu'ils laissent à leurs petits-enfants."

Cependant, Marie-Françoise Fuchs, psychanaliste et fondatrice de l'EGPE, ajoute que le grand-père, quelle que soit sa posture, a une fonction très importante pour la structuration d'un enfant car les racines, l'inscription dans une continuité, un futur qui s'appuie sur un passé - comme les valeurs familiales - sont des gages d'une force intériorisée, d'une identité bien construite, d'un solide socle de départ.
Voir : La génération pivot

"Un enfant qui a son papa, sa maman, son papi et sa mamie, a la preuve devant lui que les choses peuvent durer. Avoir conscience de cette durée possible, pendant laquelle tout le monde reste vivant, permet à l'enfant de grandir. Un petit voit aussi que ses grands-parents ne vivent plus avec leurs enfants, tout en ayant gardé contact : mais alors, en se détachant, on ne meurt pas ! Cet effort que font les enfants et les parents pour se détacher est essentiel. Regarder le passé permet aux enfants de s'inscrire dans le futur, et de mieux vivre le présent". Extrait des cahiers

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Grand-père et beau-grand-père

Grand-père pour dire « aïeul » signifie dans notre société la filiation, le sens de la lignée qui représente le lien du sang.
Claude Duneton dans le Figaro Littéraire rappelait que grand désigne cette antériorité qui s'accorde avec la notion de « grandeur » liée à la maturité, l'expérience, le respect dû, voire à la puissance et au rayonnement attachés jadis aux anciens.
Cet adjectif était autrefois des deux genres (ex : la grand-route) d'où l'appellation grand-mère.
L'auteur signale aussi que beau-père et beau-fils sont d'utilisation très ancienne et, s'appuyant sur le terme beau-petit-fils repéré en 1917, il propose le titre de beau-grand-père pour le conjoint de la grand-mère, lorsqu'il n'y a pas de lien de filiation.

Le rôle de beau-grand-père, tout comme celui de beau-père et de belle-mère, n'ayant aucun appui dans la lignée généalogique, la construction du lien avec les beaux-petits-enfants dépendra fortement de la qualité des liens construits avec le parent de ces enfants.

Témoignage :
Lorsque nous nous sommes mariés, Fabrice avait 5 ans ; il voyait toujours son père, mais il a tout de suite été "mon fils" et je me suis senti le père de deux enfants lorsque sa soeur est née. Je ne fais pas de différence entre mes 5 petits-enfants, et eux non plus : les uns ont simplement 3 grands-pères et ils en profitent. Ce sont d'ailleurs les enfants de ma fille qui se plaignent de n'avoir pas autant de grands-parents."
Charles, 62 ans

"Aujourd'hui c'est de mon grand-père dont j'aimerais parler

"Son cancer a très vite progressé et il vit actuellement ses derniers jours… Je suis plus que désespéré ! C'est avec lui que j'avais le plus d'affinités.
Depuis tout petit je suis souvent avec lui. J'ai fait des tas de trucs avec lui, je me sens très proche de lui. Il m'a appris à conduire un tracteur, à siffler, j'ai coupé du bois, j'ai jardiné avec lui. Il m'a montré comment fabriquer un sifflet avec une branche de bois, chose que j'ai oubliée en grandissant… Bref toutes ces choses que tous les enfants font avec leur grand-père, je l'ai fait avec le mien. En écrivant ces quelques lignes les larmes me viennent, ma gorge se sert et j'ai envie de pleurer ! ……
Comment lui dire en si peu de temps tout ce que je n'ai pas su lui dire en toute une vie ? Je suis issu d'une famille où les hommes ne montrent pas leurs sentiments. Alors comment faire ?"

extrait du blog de Spiricou maintenant inaccessible.

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Voir aussi
Une génération pivot
Etre grand-parent aujourd'hui
Rencontres intergénérationnelles
Etre grand-mère
Le grand-père nouveau ..? dans notre Journal N° 39

Pour parler de votre façon d'être grand-père, pour raconter des anecdotes, allez sur notre forum http://egpe.forums-actifs.net/

Pour en savoir plus


Connaître
Claudine Attias-Donfut Directrice de recherche sur le vieillis-sement à la CNAV.
Ses travaux portent entre autres sur les relations entre générations, dans la famille ou dans la sphère publique.
Claude Duneton Enseignant d'anglais :
depuis la publication de la Puce à l'oreille , il est connu comme un dénicheur d'expressions dont il cherche, autant que faire se peut, à retrouver des origines attestées.
Valérie Feschet
Chercheur au Laboratoire Idermec du CNRS / Universités Aix-Marseille-I et III.
Article publié dans L'homme. Revue d'anthropologie française, n° 169, pp. 61-88.
Marie-Françoise Fuchs Médecin psychanalyste,
fondatrice de l'EGPE, auteur et organisatrice de quatre forums sur la grand-parentalité et le rôle des grands-parents dans la famille et dans la société.
Benoît Schneider Maître de conférence en psychologie
à l'Université Nancy 2 ; membre du groupe spécialisé sur la grand-parentalité, le GROCM.
Martine Segalen Professeur et directeur au département
de sociologie de l'université de Nanterre-Paris X où elle enseigne l'anthropologie.
François de Singly Professeur de sociologie
à la Sorbonne, directeur du Centre de recherches sur les liens sociaux CNRS-Paris Descartes ; spécialiste de la famille, de la vie privée, des sociétés individualistes : propos recueillis par Claudine Attias-Donfut dans "Le siècle des grands-parents"

Lire
La fabrication des grands-pères
par Claudine Attias-Donfut est une étude incluse dans "Le siècle des grands-parents"
Le siècle des grands-parents
par Claudine Attias-Donfut et Martine Segalen, aux Edition Autrement
Grands-pères qui êtes-vous?
par Benoît Schneider est une étude incluse dans "Grands-parents et grands-parentalités"
Grands-parents et grands-parentalités
par Benoît Schneider Marie-Claude Mietkiewicz, Sylvain Bouyer, maîtres de conférence en psychologie à l'université Nancy 2, ont créé un groupe de recherche sur les grands-parents et la grand-parentalité, le GROCM , chez érès 2005

 

 

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